
S’ils promettent de réduire la vitesse sans créer de nuisances sonores, ces feux intelligents montrent leurs limites. À Jussecourt‑Minecourt, l’investissement de près de 30 000 € fait débat, tandis que d’autres communes défendent leur utilité. Une technologie encore loin de faire l’unanimité.
Nous vous présentons ci-dessous l’article paru dans L’Union du 30 janvier 2026 :
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Auteur : Hyppolite Semin
Pays vitryat. Les feux comportementaux, qui limitent la vitesse des automobilistes dans les communes, poussent partout sur le territoire. Pourtant, ils ne font pas l’unanimité auprès des automobilistes vitryats. On fait le point.
Tous les feux ne sont encore au vert. Sur la rue principale de Jussecourt-Minecourt, ligne droite par laquelle passent les automobilistes, une voiture sort de la ferme Rollot, au numéro 51. Son conducteur est venu dans la commune pour acheter des lentilles et repart tout content d’avoir trouvé son bonheur. À la sortie de l’exploitation, en voulant tourner à droite, il tombe nez à nez avec un feu rouge.
Puis, l’attente. Cela fait maintenant plusieurs minutes qu’il patiente sans que le feu ne passe au vert. Pourtant, devant lui, pas de passage piéton, pas d’intersection, simplement cette diode qui l’empêche d’avancer sur une route entièrement libre. C’en est trop. Avec la plus grande attention, il décide de passer quand même, imaginant une erreur du système de ce feu.
Depuis 2021, ces feux dits « de récompense » sont autorisés dans les agglomérations pour « limiter la vitesse » des automobilistes. Quand ils détectent un véhicule dépassant une certaine vitesse, ils restent au rouge jusqu’au ralentissement du conducteur. Puis, une fois que ce dernier s’exécute, le feu passe au vert. Sauf que, parfois, ces équipements qui remplacent les dos-d’âne, chicanes ou panneaux stop, connaissent des problèmes.
« Ça arrive tout le temps. Dès qu’un client veut sortir de la ferme, le feu ne le détecte pas. On m’a proposé plusieurs solutions : soit sortir à plus de 10 km/h, soit faire une marche arrière sur la route. Dans les deux cas, c’est dangereux » , constate Sophie Rollot, qui réalise de la vente directe dans sa ferme. Elle l’avoue à demi-mot, il lui arrive de griller ce feu qui ne veut pas passer au vert. « Pour l’instant, je n’ai jamais eu d’amende, mais jusqu’à quand ? » .
Un moyen efficace pour faire ralentir
Preuve de certaines limites concernant ce type de feu, il est pourtant largement adopté dans le Vitryat. Depuis plusieurs années, les feux de récompense fleurissent en grand nombre. Il n’est pas difficile d’en trouver sur les routes empruntées comme dans les communes de Blacy, Orconte, Margerie-Hancourt… En 2024, la commune de Jussecourt-Minecourt a donc fait le choix d’installer cet équipement, tout comme celle de Blaise-sous-Arzillières.
Dans cette dernière, le maire ne regrette pas l’investissement qu’il chiffre à plus de 10 000 euros. « C’est plus efficace qu’un ralentisseur parce que les voitures décélèrent bien avant le feu », constate Jacques Fortin. Depuis leur installation, il note une nette baisse globale de la vitesse dans la commune. « Les gens roulent comme des fous en arrivant dans le village. Maintenant, ils ralentissent beaucoup plus, surtout en journée. »
Pour autant, cet équipement n’est pas la solution parfaite pour l’édile. « C’est vrai qu’il y a quand même des gens qui passent au rouge, surtout la nuit » , concède-t-il. Avant de glisser : « Et ça bouffe pas mal de courant. » En tirant malgré tout un bilan très positif, il imagine déjà d’autres feux dans sa commune, mais cette fois-ci dotés de panneaux solaires.
Un système pas toujours idéal pour les riverains
Si ce système de feux comportementaux séduit les maires des villages comme étant un bon moyen de réduire la vitesse des véhicules, il reste loin d’être parfait. Dans la commune d’Heiltz-le-Maurupt, plusieurs feux ont été installés, notamment sur la D14 en direction de Revigny-sur-Ornain. Un camion manifestement trop rapide vient d’entrer dans le village, et est obligé de marquer l’arrêt pour que le feu change de couleur. « Celui-là est bien réglé. Si vous allez à 42 km/h, il passe directement au vert. Ce n’est pas le cas de tous les feux », constate un riverain dont l’entrée du garage donne directement sur le feu tricolore.
Lui, comme sa voisine de palier, est catégorique : le week-end et le soir, les automobilistes sont très nombreux à griller le feu. « Au moins, ça ne fait pas de bruit comme un dos-d’âne », explique-t-il. Si, leurs maisons restent en retrait de la zone d’arrêt des véhicules, ce n’est pas le cas quelques centaines de mètres plus loin. « On entend beaucoup les véhicules qui s’arrêtent juste devant nous, c’est dommage à la campagne », constate une autre habitante, dont la fenêtre donne directement sur le feu, avant de tempérer. « Mais, ça veut dire qu’ils respectent le feu. »
Alors, quelle serait la meilleure solution pour faire ralentir les véhicules ? Du côté des conseils communaux, le choix de l’équipement idéal s’apparente à un dilemme cornélien. D’un côté, les ralentisseurs ou chicanes ne sont pas adaptés aux engins agricoles et coûtent cher, de l’autre les feux comportementaux ne sont pas toujours respectés. « En réalité, il n’existe pas de bonnes solutions », glisse Isabelle Iva, maire de Lisse-en-Champagne. Reste à faire le choix le plus juste en fonction des besoins pour essayer, au mieux, de tenir la route.
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