L’affouage, une pratique ancestrale toujours d’actualité (ONF) suivi par un commentaire pour son application dans notre commune

Coupe d’affouage, bois de chauffage – ©Bridard / ONF

Vous rencontrerez peut-être en forêt des personnes qui font leur bois de chauffage grâce à l’affouage. Cette technique multi-centenaire est un exemple du partage de la forêt et de ses ressources.

Explications.

L’affouage est une pratique remontant au Moyen-Age. A cette époque, le seigneur des lieux accordait aux habitants de ses villages le droit de récolter du bois de chauffage dans les forêts. Ce droit valait pour chaque foyer (“affouer” vient de l’ancien français et signifie “allumer”) d’où le nom de cette pratique.

Aujourd’hui, l’affouage est toujours pratiqué par les communes forestières, plus particulièrement dans le quart Nord-Est où l’on trouve une forte proportion de forêts communales. Les domaniales ne sont pas concernées par l’affouage, mais l’ONF organise toutefois des cessions de bois de chauffage pour des particuliers en forêt communale. Parmi les coupes prévues dans l’aménagement de l’ONF, la commune décide de vendre le bois ou de le délivrer à ses habitants : ce sont celles destinées à l’affouage.

L’affouagiste participe donc à la gestion sylvicole en récoltant les arbres identifiés par les forestiers pour en faire du bois de chauffage en contrepartie d’une taxe souvent modique à la commune. Cette activité leur permet aussi d’apprécier à sa juste valeur le patrimoine de la forêt communale.

A chacun son rôle

Très réglementé, l’affouage est orchestré par différents acteurs (le conseil municipal, la comission des bois et les forestiers) aux missions bien précises. 

Le conseil municipal qui :

  • décide si les bois seront vendus ou destinés à l’affouage ;
  • choisit le mode de répartition de l’affouage : pour les habitants fixes ou non de la commune ;
  • établit les conditions de domicile pour avoir droit à l’affouage et prépare le rôle ;
  • fixe le montant de la taxe d’affouage ;
  • répartit les lots par tirage au sort ;
  • précise dans un règlement intérieur le déroulement de l’exploitation, comprenant le délai d’exploitation fixé par l’ONF ;
  • décide du mode d’exploitation : par les affouagistes eux-mêmes, ou par la commune qui répartit ensuite les lots façonnés ;
  • choisit trois habitants comme garants, solidairement responsables de la qualité de l’exploitation.

La commission des bois qui :

  • matérialise ensuite elle-même les lots, ou le fait faire par l’ONF par voie de convention.

Enfin, le forestier qui :

  • rappelle les conditions fixées par les différents cahiers des charges qui régissent l’exploitation des coupes (délivrées comme vendues) ;
  • surveille les coupes d’affouage comme il surveille les coupes vendues et s’assure qu’il n’y a pas de dommages au peuplement ni d’infractions commises par les affouagistes, lesquelles sont sanctionnées.    

Des arbres aux critères spécifiques

Les arbres marqués par les forestiers de l’ONF et destinés à l’affouage se trouvent généralement dans les jeunes peuplements à éclaircir et dans les taillis. Leur diamètre ne dépasse généralement pas 35 cm à hauteur d’homme.

L’affouagiste organise son chantier en fonction des chemins existants, pour préserver le sol. Il façonne son bois pendant l’hiver, en période hors sève pour bénéficier d’une meilleure qualité de bois de feu. Ils sont d’abord sectionnés en morceaux d’un mètre de long pour pouvoir être empilés. Les plus gros sont fendus pour à la fois réduire leur poids et faciliter le séchage. Le bois fendu est ensuite empilé en stères pour en évaluer le volume. Ils seront transportés au cours de l’été, après un temps de séchage naturel.

Le saviez-vous ?

En 2020, un million de mètres cubes ont été mis à disposition des collectivités pour l’affouage. Cependant au fil des années cette pratique se perd. Depuis plus de dix ans, ce volume est en décroissance régulière.

Les bons réflexes de l’affouagiste

Abattre un arbre est une opération délicate et dangereuse. Utiliser le matériel de bûcheronnage présente des dangers. En conséquence, il est fortement recommandé de se protéger et d’utiliser les équipements individuels de protection (EPI) : des chaussures de sécurité hautes à bouts renforcés, un pantalon de sécurité, un casque avec visière, une paire de gants, et des protections anti-bruit. Les magasins de bricolage spécialisés proposent ces équipements à la vente.

Quelques points importants avant de commencer :
  • vérifier auprès de son assurance civile que ce type d’activité est couvert,
  • respecter le règlement de l’affouage en prenant soin de ne couper que les arbres indiqués,
  • toujours s’assurer que personne ne se trouve dans la trajectoire de l’arbre à abattre,
  • prendre garde à sortir les bois dans de bonnes conditions de débardage, en respectant les sols et les chemins prévus à cet effet.

Le saviez-vous ?

Un stère pour quel volume ?

Le stère, l’unité de mesure du bois de chauffage, représente un volume d’encombrement de 1 mètre de large sur 1 mètre de long et 1 mètre de haut. Pour autant, un stère ne représente pas un mètre cube de bois (volume plein), mais plutôt deux tiers à cause des interstices entre les bûches. Ou encore : un mètre cube équivaut en moyenne à un stère et demi (ou un stère = 0,7 m3).

Quels sont les meilleurs bois de chauffage ?

Le chêne est très apprécié comme bois de chauffage. Plusieurs essences sont utilisées pour le chauffage. Leur choix a une influence sur la qualité et la valeur énergétique du chauffage. Les feuillus durs (charme, chêne, hêtre…) sont très appréciés. Le bois de résineux brûle rapidement en diffusant une forte chaleur mais encrasse la cheminée à cause de la résine.


Commentaires pour son application dans notre commune

Constat sur la situation actuelle

Notre commune possède une petite vingtaine de parcelles boisées pour une superficie totale de quelques hectares. Ces parcelles étaient pour la plupart constituées de peupleraies dont certaines ont été exploitées ou détruites par les coups de vent violents de ces dernières décennies.

Depuis une vingtaine d’années le conseil municipal a choisi de ne pas replanter en peupliers et de laisser la nature reconstituer elle-même un taillis pour être exploité en bois de chauffage, en vue de la production de granules de bois ou laisser sur place afin de protéger l’écosystème.

Une parcelle en moyenne est mise en exploitation tous les deux à trois ans.

Chaque fois qu’une exploitation en vue de bois chauffage était privilégiée, celle-ci était offerte prioritairement aux habitants de la commune qui pouvaient se porter volontaires. Le choix d’attribution se faisait d’un commun accord ainsi que les conditions.

Au cours de ces vingt dernières années, nous avons constaté une diminution de volontaires pour exploiter.

Que va apporter la mise en place de l’affouage.

L’affouage avec ses règles très strictes me semble être plus adapté aux forêts communales de feuillus d’une superficie importante et devant être gérées efficacement afin de privilégier l’épanouissement de certaines espèces alors que la surface gérée par la commune est faible constituée de petites parcelles, avec une exploitation non intensive très différente des grands espaces.

L’engagement pour la personne exploitante de n’utiliser le bois coupé que pour son chauffage personnel, ce qui implique que par extension il ne vende pas le bois de chauffage issus d’une autre parcelle. Est-ce encore tenable aujourd’hui ?

Trouverons nous des volontaires pour des règles aussi strictes alors que le statut quo n’impliquait aucune règle particulière sauf celles que le conseil municipal décidait au moment de l’offre ?

Voilà pourquoi il me semble que le choix d’aujourd’hui du conseil municipal introduit plus de complexité sans apporter d’avantages supplémentaires à la commune et à ses habitants.

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